Comment un pays de liberté, de
fraternité et d’égalité
peut-il créer une jeunesse aussi en
colère, aussi perdu et aussi exclu de sa
société ?
Comment
réussir par son seul mérite dans une
société qui prône la valeur de
l’argent ?
Le fonctionnement
d’une société influe
t-il sur les comportements?
Dans ce
cas notre société de consommation
serait-elle liée directement à la
culture dite de quartier qu’un certain
nombre de jeunes français ont adopté
?
Ainsi la culture des jeunes de
quartier ne serait-elle pas une sous culture de
celle de la consommation
?
Comme dans toute culture il y a
différents degrés
d’appropriation : Cela peut aller du jeune
qui a juste adopté les codes
vestimentaires, le langage ou qui aime le style de
musique tout en continuant une vie
dite " normale ", en passant par
celui qui travaillera ou ira à
l’école mais qui se fera un peu
d’argent avec des petits boulots au noir,
à celui qui aura arrêté
l’école trop tôt et qui endormi
par la feignantise de son adolescence vivra de
petits " business " en tout
genre, jusqu'à celui qui trop haineux
après la société jouera
continuellement avec sa liberté et celle
des autres.
La culture de quartier
est basée sur la
débrouillardise, la solidarité avec
les siens et une grande lucidité sur le
monde tel qu’il est vraiment. Cette
dernière est d’ailleurs une
explication au comportement transgressif et
violent de certains, et bien qu’inexcusable,
cela devrait vous servir de baromètre.
N’oublions pas non plus que beaucoup
d’autres facteurs viennent expliquer leur
manque de civisme et entre autres, ne vous
étonnez pas de voir des jeunes se croirent
invulnérables et haut dessus des lois
si vous-même vous changez de
trottoir quand vous en croisez un
!
Ces derniers jours, il
était assez effrayant de lire les
réactions des internautes sur les articles
de presse concernant les évènements
de Villiers-le-bel en région parisienne
(accident mortel de deux adolescents et
rébellion des jeunes).
Les
français sont tellement fatigués de
la pression constante qu’ils doivent
s’infliger pour garder leur place
dans la société,
qu’ils ne sont plus capable de vraiment
réfléchir, seule leur colère
parle. Ils regardent les choses de beaucoup trop
près et ne voient rien.
Ou tout du
moins ils ne voient pas comment il est
aisé de détourner leur
attention et leur colère vers des
sujets dit " sensibles ", tel les
jeunes des quartiers, l’immigration, la
religion…
Il est indéniable
que ces sujets on leur importance et qu’ils
méritent qu’on si penchent
réellement mais demandez vous juste
après quoi vous êtes vraiment en
colère? Sachant que dès que les
choses se seront calmées à Villiers,
vous oublierez et vous vous révolterez pour
autres choses.
Et entre vous et moi, faut
pas croire tout ce qu’on vous raconte
à la
télé, " Ils vous
vendent de la peur, pour
mieux vous vendre du dentifrice
après ! ", jamel debbouze
Le cœur du problème : la
société de consommation qui a besoin
de créer des frustrations
constantes, car un bon consommateur bien
intégré dans la
société est un consommateur
frustré. Et si l’on n’utilise
pas vos peurs ou vos colères sur des sujets
d’actualité, on vous fera
l’éloge
frénétique du
progrès, on vous suggèrera
en permanence d’avoir des
désirs et le désir des
désirs, on créera un
effet de mimétisme
collectif, on vous vendra le
bonheur et on falsifiera vos
valeurs. Edgar Morin écrit
dans Terre patrie : « on crée
un consommateur pour le produit et non plus
seulement un produit pour le consommateur
».
N’oubliez pas que « si
l’homme et la femme sont heureux, ils ne
consomment pas. C’est la frustration
qui est la base du désir de
consommation. Aussi, faut-il leur offrir
d’inaccessibles modèles de
beauté et de richesse, afin que la
frustration les mène sur le chemin des
achats » Michel Piquemal, Le prophète
du liberalisme.
Peu importe leur
condition, ce qui caractérise les
jeunes des quartiers c’est leur
lucidité face à tout ce
système de consommation, ils ne
sont pas dupent et ont bien compris les
règles du jeu. Ne serait-ils pas justement
eux même un pur produit de la
société de consommation, les
conséquences direct de tout un
système basé sur
l’accumulation de l’argent
?
Pierre Murat, professeur au lycée
Jean Perrin de Marseille, a rédigé
dans Le Pavé n°99 « Tout aussi
confusément on sent que ces jeunes ne font
que reproduire des mœurs capitalistes
qu’ils ont parfaitement
intégrées : Un but, le profit sans
effort; un moyen, le rapport de force; un
modèle humain, le chacal.
Mais qui
oserait proclamer que le monde des dealers et des
prétendus marginaux, pur produit de
libéralisme, décalque cette
délinquance de haut vol qui est le
cœur du système ? Motus,
déréglementons, laissons libre cours
au trafics les plus fructueux ».
Ce
qui pourrait constituer un frein à la
consommation, serait une réflexion
pertinente sur ce qui constitue une
véritable valeur. L’intelligence fait
la part des choses entre ce qui n’est
qu’illusion et ce qui est réel. Mais
dans le système de la consommation,
il ne faut surtout pas éveiller la
lucidité.
Comment
tuer la lucidité ? En créant la
confusion mentale, en laissant
croire que la consommation est moralement
bonne, et en récupérant
toutes les critiques qui lui sont adressé
pour en faire des slogans
promotionnels.
Notre culture est devenue
ouvertement « matérialiste
», aujourd’hui les gens
attachent une plus grande importance
à ce qu’ils ont, qu’à ce
qu’ils sont véritablement.
Et
toute cette génération de jeune,
même ceux qui se seront accrochés
pour faire partie du système, pense
tous que l’argent, au fond, fait
tout. Pour ceux en marge totalement
« l’argent ça s’trouve
!». Des gamins de 11 ans veulent
juste être riche plus tard,
le choix de l’activité
professionnelle n’est plus une
préoccupation (ce n’est qu’un
moyen à leurs yeux), mais la quête de
l’argent, oui.
Ces jeunes sont autant
victime que manipulateur du système ; en
fait ils sont l’arroseur
arrosé.
Ils pensent
qu’ils sont capable de jouer avec le
système (ce qui est vrai mais en partie),
ils gardent tous une forte notion de
solidarité avec ceux qui sont proche
d’eux, ce qui n’est pas très
courant dans notre société
individualiste, ils arrivent à
détecter les manipulations que l’on
ne voit même plus, mais, comme tous jeunes
ils sont une cible de choix pour les
publicitaires.
Et ils n’ont
pas échappé à toutes ces
envies que l’on suscite chez eux, bien
au contraire plus que n’importe qui encore
l’idée que l’argent domine le
monde et donne du pouvoir est encré en
eux.
Jadis, aucune autre jeunesse modeste
n’avait été soumise à
une telle tentation, leurs codes et comportements
découlent directement de toutes les
frustrations qu’on leur impose, et leurs
jeunes ages accentuent l’effet de
révolte. Et si des pays très pauvres
n’ont pas se problème avec leur
jeunesse c’est aussi qu’ils
n’attisent pas
perpétuellement les envies dans le
but de faire du profit. Ce qui
crée des jeunes aux ambitions moins
démesurées et qui trouveront le
bonheur avec un travail si modeste
soit-il.
Toute la culture des jeunes
des quartiers repose sur un paradoxe ; une partie
de ses « coutumes »
(solidarité, marginalisation,
rébellion, fierté,
débrouillardise,
créativité..) vont contre la
société capitaliste et
l’autre partie, elle, n’existe
qu’à travers cette dernière
(musique, informatique, portable, jeux
vidéo, marque…).
Qu’ils
agissent contre ou pour la société
de consommation, toute leur culture de vie
n’a de raison d’être qu’au
sein d’un système comme le notre. Et
la consommation reste le moyen
d’appartenir à la
société.
Ces jeunes qui pose tant de problème ne sont en fait qu’un pur produit de la consommation, et nous devrions surtout nous dire que si une telle société engendre chez nos jeunes de tels comportements c’est peut-être que derrière la poudre au yeux se cache des valeurs et des façons de faire nuisibles à notre libre arbitre, notre moralité, et notre bonheur.
Car ce que nous voulons tous, c’est être heureux, mais notre système actuel n’est qu’une quête sans fin du bonheur, son but est que l’on ne réussissent jamais à l’atteindre vraiment ; dans le cas contraire ce serait toute la société de consommation qui n’aurait plus de sens d’exister…
« Pour
être un membre irréprochable parmi
une communauté de moutons, il faut avant
toute chose être soi-même un mouton
» Albert Einstein.
« Vous riez
de moi parce que je suis différent, mais
moi je ris de vous car vous êtes tous
pareils » blog de l’un des deux jeunes
adolescents de Villiers.
créé le 04/12/2007 | 385 visites
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