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Au début des années 80,
Hervé This a
commencé par lister les vieilles croyances
culinaires (les œufs en neige montent mieux
si on les bat toujours dans le même sens,
les haricots vert sont plus vert si on les cuit
avec un couvercle…) et aujourd’hui il
en a plus de 25 000 !
Aidé de son
ami Nicholas Kurti qui à
l’époque était le
président de la Royal Society (comparable
à l’académie des sciences en
Angleterre), ils se sont amusés à
tester ces dictons et ont ainsi commencé
à essayer de comprendre comment la cuisine
fonctionnait. Delà est né cette
nouvelle discipline qu’ils ont appelé
« gastronomie moléculaire
».
En 1992, Hervé
This et Nicholas Kurti organisait le premier
colloque international sur la gastronomie
moléculaire en Sicile, depuis ce
dernier à lieu tous les deux ans et cette
nouvelle science se développe dans tous les
pays.
Le but étant
d’apporter la connaissance
et d’offrir aux cuisiniers la
possibilité technique de parfaire leur
création, voir de la stimuler. « Il y
a 10 millions de français qui cuisinent
chaque jour, et ils font des recettes et utilisent
des instruments qui existaient déjà
au Moyen-Âge ! J’étudie
ce qu’on peut faire en cuisine de plus
efficace : par exemple le souffleur
réfrigéré utilisé dans
les industries est bien plus efficace que le
batteur électrique, les plaques à
induction sont bien meilleures que les plaques
électriques ou à gaz qui chauffent
surtout la cuisine » explique Hervé
This.
Vous vous direz peut-être que
la cuisine est un art, et qu’une bonne
cuisine se réalise grâce à la
créativité, à
l’intuition et à
l’expérience du cuisinier et non avec
la rigidité de la science. Et il est vrai
que le seul point commun entre la science et
l’art est que se sont toutes deux des
activités culturelles.
Mais
d’après le manifeste du Bauhaus de
1934, l’architecte Walter Gropius a
montré que l’artiste et
l’artisan avaient la même nature et
que l’artiste était un artisan
inspiré. Ce qui donne également
à l’art une fonction artisanale :
pour faire son tableau le peintre doit savoir
étaler les couleurs. Mais il faut
également que les outils utilisés
par l’artiste soient appropriés et
que l’artisan qui les fabrique puisse en
proposer différentes sortes ouvrant ainsi
de nouvelles possibilités à
l’artiste.
La science ne peut
qu’enrichir l’art en lui
apportant de nouvelles connaissances,
alliés à la créativité
de l’artiste le résultat ne peut
être que plus original et plus
parfait.
Mais si certain auront du
mal à accepter que la science se
mélange à l’art, d’autre
eux ont mis du temps avant de remarquer que
la cuisine portait un intérêt
scientifique.
En 1791, Antoine
Laurent Lavoisier, grand chimiste, s’est
penché sur la confection des bouillons mais
à cette époque puis par la suite,
les recherches en terme de science des
aliments se sont essentiellement
portées sur l’approvisionnement des
peuples en denrées alimentaires. De ce
fait, on s’est surtout
préoccupé du perfectionnement
agronomique et des collaborations avec les
industries alimentaires. Ce fût
d’ailleurs une vraie réussite,
aujourd’hui les populations des pays
industrialisés sont les premières
à n’avoir jamais connues de famine et
ceux dans toute l’histoire de
l’humanité.
Seulement bien
que la science des aliments se soit bien
développée, la cuisine, elle,
n’a quasiment pas été
explorée d’un point de vu
scientifique. « La cuisine a
été tout ce temps ‘un art
chimique’ privé de science
» explique monsieur This, alors que
c’est justement le lieu où tout le
travail de la science des aliments se
révèle. Pourquoi produire de la
viande de qualité ou des légumes
goûteux si par la suite le cuisinier
n’a pas les connaissances pour les
préparer à leur juste valeur.
C’est donc pour toutes ces raisons
qu’en 1990 Hervé This et Nicholas
Kurti ont décidé d’apporter
aux cuisiniers et aux foyers des informations
scientifiques utiles à leurs pratiques : De
là est né la gastronomie
moléculaire. Chacun a en effet
intérêt à tirer le meilleur
des denrées qu’il transforme
culinairement.
Nous ne mangeons que des plats
véritables tel le poulet rôti, la
purée de pomme de terre, la soupe…
et tous ces mets résultent de
transformations physico-chimiques
effectuées à partir de produits
types viande, fruits, légumes,
poissons… Et comme la physique et la chimie
sont mises en œuvres, la science n’a
aucune raison de ne pas explorer la cuisine.
La gastronomie moléculaire
introduit la technologie dans la
transformation culinaire, elle
perfectionne les techniques et donne ainsi une
meilleure maîtrise des goûts et des
matières.
La technologie est
donc le lien entre l’art et la
science, elle enrichit les techniques et
apporte de nouvelles possibilités
d’expression.
La
stratégie de recherche consiste à
analyser l’ensemble des
phénomènes se produisant
dans les cuisines ou ceux présentés
dans les livres de cuisines. Nos deux chercheurs
ont donc choisi de se concentrer sur deux
objectifs principaux : « Le premier est
une modélisation physico-chimique
des définitions : que se passe
t-il quand un soufflé cuit, quand de la
viande cuit dans l’eau ? Ensuite une
exploration des précisions :
est-il vrai que le pot-au-feu est
‘meilleur’ quand la viande est
initialement mise dans l’eau froide ? Est-il
vrai que les sauces mayonnaises tournent quand la
lune est pleine ? ».
Modéliser les recettes est un apport
pour le cuisinier et une véritable aide
pour celui qui apprend la cuisine.
N’oublions pas qu’Auguste Escoffier
(1846-1935), nous a légué pas moins
de 351 recettes de sauces, de ce fait trouver des
formules qui caractériseraient la structure
et identifieraient les relations entre les
diverses sauces faciliteraient la
possibilité d’ouvrir aux artistes
cuisiniers une nouvelle vision, plus
globale, et ainsi leur permettre
d’élargir leur
créativité.
En
restant sur la thématique des sauces, il
faut savoir que celles dites simples sont des
solutions crées à partir d’eau
ou d’huile. Toutefois la plupart des sauces
sont des systèmes dont la structure
physico-chimique est bien plus complexe : On les
nomme systèmes
‘dispersés’. Ainsi
Hervé This a construit des sortes de
formules ayant pour but de simplifier les
opérations de l’esprit.
En
2002, les deux chercheurs ont donc choisi
d’utiliser tout d’abord les
initiales des éléments de base
présents, comme
‘G’ pour gaz,
‘H’ pour huile
(toutes matières grasses),
‘E’ pour eau
et 'S’ pour solide. Puis
pour savoir quels relations ont entre eux ces
éléments, ils ont utilisé des
« connecteurs » ; sont ils
dispersés ‘/’,
réunis ‘+’
et/ou inclus
‘É’. Comme
exemple Hervé This donne : « Les
émulsions sont désignée par
la formule H/E. C’est le cas de la
mayonnaise, où de l’huile est
ajoutée à un jaune
d’œuf, lequel contient 50% d’eau
environ ; la stabilisation (temporaire) de la
sauce est assurée par les protéines
et les phospholipides du jaune d’œuf
». Autre exemple : « La sauce
béarnaise est de type (S1+S2+H) / E,
puisque les échalotes hachées (S1),
le jaune d’œuf coagulé en
microscopiques grumeaux (S2) et le beurre fondu
(H) sont dispersées dans l’eau (E)
apportée par le vinaigre, par le jaune
d’œuf et par le beurre
».
Grâce à
cette écriture les 351 sauces ont pu
être ramené à quelques
catégories mais il est intéressant
de savoir qu’a partir de 3 des quatre
éléments et de deux des trois
connecteurs évoqués, on peut
obtenir 1200 systèmes physico-chimiques
possibles.
L’expérimentation ne fait
donc que commencé et les travaux de
Hervé This et Nicholas Kurti ont
posé les bases d’un travail
expérimental qui semble infini et demande
également une grande
créativité.
créé le 17/01/2008 | 275 visites
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